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Un nouvel exemple des résultats obtenus par l’une des associations que soutient SYNETIS chaque année depuis sa création.

Caviste à Paris, Henri Guillaume vit une passion pour le travail et le partage du vin. Il savoure aussi l’itinéraire d’un enfant « bon à rien » élève au collège Sainte-Thérèse à Paris, devenu une référence dans son métier. Reconnaissant.

 

Ce midi-là, Henri Guillaume n’a pas un instant à lui, entre les dégustations du beaujolais nouveau, la préparation de tapas maison et les apparitions de ses clients venus le saluer ou le remercier pour tel ou tel cru. De cette effervescence, le jeune quadragénaire ne se plaint pas.

Je vis du bonheur que mes vins procurent aux gens, de leurs commentaires aussi tels que : « Donnez-nous ce que vous voulez. C’est toujours bon ! »»

Henri Guillaume a construit cette reconnaissance, pas à pas, avec force et conviction. En suivant les précieux conseils d’amis providentiels. « Sans diplôme, trop vite catalogué, j’ai dû doublement faire mes preuves et compter sur de bonnes personnes. »

Un enfant catalogué

Henri Guillaume découvre Apprentis d’Auteuil en 1985, au collège Sainte-Thérèse à Paris où il entre, en classe de 5e, à 12 ans. « Mon père décédé avant ma naissance, ma maman était débordée par ce que je faisais ou pas, confie-t-il. De mon enfance à Nanterre puis à Châtillon, je me souviens de la mixité, du vivre ensemble, des enfants qui se retrouvaient pour s’amuser et des parents qui ne suivaient pas forcément leur scolarité. En fait, j’allais à l’école plus pour m’amuser que pour apprendre… sans un cahier dans mon sac. Évidemment, plus je prenais du retard, plus j’étais catalogué, mis à l’écart. » Les images du collège Sainte-Thérèse qui lui reviennent spontanément en mémoire sont les jeunes accueillis.

Nous étions durs entre nous, car trop à vif, ce qui donnait lieu à de belles bagarres. Les moments apaisants, les regards doux, je les trouvais auprès des enfants trisomiques accueillis dans une classe spécifique à Apprentis d’Auteuil. »

 

Au terme d’une année au collège, l’élève ne change pas… même s’il reconnaît, aujourd’hui, avoir été très bien accompagné par les professeurs et les éducateurs« Je passais des heures à écouter des choses qui ne m’intéressaient pas. Je ne pensais qu’à m’amuser. Ce que j’ai fait ! »
Sans résultats scolaires probants, la maman d’Henri l’inscrit, sur l’avis d’une conseillère d’orientation, à un CAP cuisine dans un lycée professionnel à Vitry.  « Même si à l’époque, c’était dégradant de dire : Mon fils va faire un CAP ! Elle n’a pas hésité tant j’aimais, tout petit déjà, cuisiner. J’étais très heureux et fier de lui préparer un poulet rôti-frites et de lui lancer, à son retour du travail : À table ! »

De petits boulots (livreur et préparateur de pizzas) en expérience décevante dans un restaurant d’entreprise, en passant par l’obtention d’un CAP tri-acheminement-distribution du courrier proposé par La Poste, le jeune homme ne trouve pas sa voie. « Je ne savais pas ce que je voulais faire dans la vie. » Jusqu’au jour où, à la fin d’une mission comme intermittent du spectacle, il rencontre Alexandre Geze, un caviste-sommelier. « Il me parle du bien-manger, me transmet sa passion du vin, me fait part d’un poste de remplaçant dans la chaîne Le Repaire de Bacchus. »
La suite ? Benjamin Biau, un autre sommelier de Toulouse, lui donne moult conseils sur les raisins, les vins, leur robe, leurs arômes, leur dégustation… Tous les deux envisagent de partir pour Londres. « Je voulais développer mon expérience, mon savoir et maîtriser l’anglais. Emporté par un cancer, Benjamin ne m’a jamais rejoint. En souvenir, en hommage aussi, j’ai baptisé ma cave Le Paradis de Benjamin. »

 

Un autodidacte reconnu

Dans cette cave parisienne tout en longueur – tout en convivialité aussi – Henri Guillaume fait déguster et vend des vins blancs, rouges, rosés, des pétillants méthode champenoise, des pétillants naturels et des champagnes qu’il recherche, goûte, sélectionne minutieusement, amoureusement même. « Je me suis lancé dans cette aventure en janvier 2009. Un jour, au salon Millésime Bio de Montpellier, j’ai reçu un coup de téléphone de Voize, un ami qui avait trouvé un local et voulait monter une cave. J’ai tout de suite dit oui ! »
L’autodidacte peut, enfin, s’exprimer selon ses goûts, son propre palais, à sa guise. « Je savais ce que je voulais faire… sans imaginer que les banquiers n’allaient pas m’accorder le prêt promis, ni que les clients allaient tout de suite répondre présent. »
Référencé, en 2014, parmi les 50 meilleurs cavistes de France dans La Revue du vin de France, Henri Guillaume partage avec passion des vins références ou méconnus, vrais coups de cœur. Mais il doit, aujourd’hui encore, batailler pour joindre les deux bouts. « Ce ne sont pas des banquiers qui n’ont pas tenu leur promesse qui vont m’arrêter. J’ai appris de la vie ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Je n’abandonnerai ni le vin – expression d’un fruit et plaisir des sens – ni ma mission de lien entre des viticulteurs qui produisent de la qualité et les consommateurs qui la recherchent. Je veux rester un ambassadeur du bon et du bien. »
Henri Guillaume repense à l’adolescent qu’il était, aux personnes qu’il a rencontrées, au parcours qu’il a effectué, en dépit de l’image qu’il avait alors, celle d’un “ jeune de banlieue ” “ Bon à rien ”. « J’aimerais transmettre un message aux jeunes : si vous êtes, comme moi je l’ai été, une cause perdue pour de nombreux professeurs, un zéro ou un “ égal à lui-même ” dans les bulletins scolaires, ayez, malgré tout, confiance en vous. Ne baissez jamais les bras. Vos talents, vos compétences cachées parfois, l’expérience, les rencontres, la vie peuvent vous donner de l’assurance, une reconnaissance, une place dans la société ! »