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Les 22 et 23 décembre, les Etats-Unis auraient provoqué une immense panne de l’ensemble du réseau Internet en Corée du Nord. Cette cyber-attaque, qui n’a pas été commentée par les autorités américaines, répondait au piratage des correspondances électroniques de SONY PICTURES, quelques jours plus tôt. Les autorités coréennes ont cependant nié être à l’origine de cet acte de vandalisme cybernétique. Qui donc est réellement à l’origine du piratage sans pareil qui a touché SONY PICTURES ? Serait-ce le fameux bureau 221, qui réunirait l’élite de la cyber-piraterie nord-coréenne ? Deuxième question stratégique : la Chine, fournisseur officiel d’accès Internet en Corée, va-t-elle riposter ?

 

Le pays le plus fermé au monde

 

En Corée du Nord, même le calendrier est imposé par la dictature, en place depuis 1948. Ici, nous sommes en l’année 102 de l’ère du « Président éternel », le Président Kim Il-sung, mort il y a dix ans. Contrairement aux idées reçues, la Corée du Nord a pourtant connu un développement économique étonnant durant les années soixante, plus fort que celui de son frère du Sud. La conséquence la plus néfaste de cette industrialisation « à la soviétique » a été une déforestation massive du pays, ce qui entraîne aujourd’hui des inondations incontrôlables. La succession de ces catastrophes naturelles dans un pays soumis chaque année à des pluies de mousson, a entraîné des famines terribles. Le pays stagne dans la misère depuis une vingtaine d’années, appauvri et affamé, et n’a plus comme seul horizon que la demande d’aides internationales et une armée suréquipée et omnipotente. Le régime de Kim Jong-Un, son petit-fils, s’est spécialisé dans le chantage à la guerre atomique dans un premier temps, dans la menace cybernétique aujourd’hui.

 

« Pyongyang est la capitale de ce pays de 24 millions d’habitants. La ville a été désignée l’une des huit merveilles touristiques de la Corée pour ses splendides vues. L’eau claire de la rivière Taedong et ses affluents en harmonie avec les collines Mangyong et Moran pour créer un véritable pays des merveilles. Pyongyang est considéré comme le berceau de la nation coréenne, ayant servi comme la capitale des deux Kojoson (la Corée antique) il ya 5000 ans et de Koguryo, la puissante dynastie de l’Orient.

Pyongyang est béni avec Mangyongdae, la maison natale du Président Kim Il Sung, ainsi que l’Université Kim Il Sung, qui est associé avec les exploits révolutionnaires du général Kim Jong Il. Pyongyang est remplie de structures monumentales dont le Grand Monument de la colline Mansu et la Tour de l’Idée Juche. » 1

 

Cette Corée du Nord qui est la cible des attaques des Etats Unis pour avoir, semble-t-il, piraté SONY PICTURES et avoir mis à mal certains dirigeants en révélant le contenu plutôt embarrassant d’e-mails. Devant la menace SONY PICTURES a finalement décidé de diffuser le film « L’Interview qui tue », même si les exploitants des cinémas n’ont pas voulu prendre de risques aux États-Unis.

 

Le film en lui-même suscite peu d’enthousiasme auprès des critiques. « Médiocre » et « très décevant » pour les plus gentils, « une vraie torture de la première à la dernière minute » selon le Wall Street Journal.

 

Les doutes des experts

 

Mais revenons aux raisons qui ont poussé le FBI à soupçonner le Corée du Nord :

Premièrement, ils ont effectué un recoupage avec un ancien logiciel que le FBI « sait avoir été développé par des Nord Coréens », grâce à des similitudes dans les lignes de codes, d’algorithmes communs et dans la méthode d’effacement des données. Ensuite, ils ont relevé les adresses IP, les numéros des ordinateurs connectés sur internet seraient autant de preuves reliant la Corée du Nord. Mais ces preuves ne convainquent pas tout le monde

 

Voici ce que pense aussi le PDG d’Errata Security, Robert Graham :

« La raison pour laquelle cela n’a aucun sens est que les hackers partagent leurs codes. Ils partagent tout : les outils, leurs techniques, leurs infrastructures, leurs robots, leurs systèmes d’exploitation, leurs failles. Les différents groupes partagent même leurs membres. Il est invraisemblable que la Corée du Nord a pu développer son propre logiciel malveillant à partir de rien. »

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20141224.OBS8617/et-si-ce-n-etait-pas-la-coree-du-nord-qui-avait-pirate-sony.html;

 

Certains experts européens, comme Benjamin Bayart2, par exemple, doutent de la capacité de la Corée du Nord à mener une opération de piratage concertée d’une telle ampleur. De même, il relativise la riposte américaine en rappelant que l’ensemble des adresses IP en Corée du Nord s’élèverait à un millier à peine, contre 112 millions en Corée du Sud !

 

Soixante pour cents des Nord-coréens possèderaient un téléphone portable (Samsung pour la plupart) importés, légalement ou non, de Corée du sud. DVD et CD d’artistes populaires au Sud sont échangés sur les marchés parallèles, des jeux vidéos sont partagés en ligne entre Nord et Sud-coréens. Tous ces signes sont autant de passerelles jetées au nord du 38ème parallèle entre les deux pays et entraînent lentement le régime communiste vers une modernisation inéluctable.

 

Avec 24 851 627 habitants en 2014 (Source) seuls 5% de la population à accès à Internet, la Corée du Nord va-t-elle s’ouvrir au monde, s’ouvrira-t-elle un jour vers l’extérieur ?

 

« Ne répétez pas les mêmes tactiques victorieuses, mais adaptez-vous aux circonstances chaque fois particulières. » 

Sun Tzu, L’Art de la Guerre

 

 

Laurence

Responsable Administrative

 

1. Pardonnez-moi la traduction, elle provient du cite officiel de la Corée du Nord (traduction Google).

2. Président de French Data Network, fédération regroupant des fournisseurs d’accès Internet, interviewé à C-dans-l-air